Deux lectures victoriennes

couv42928004 L’éventail de Lady Windermere

De Oscar Wilde – (1895) – 132 pages

Folio Théâtre

Livraddict

*

C’est la cinquième fois ce mois ci que je vous parle d’Oscar Wilde ! Désolée si vous trouvez cela rébarbatif mais quand je suis obsédée par quelque chose, j’ai tendance à ne plus vouloir lâcher l’affaire ! x) Oscar Wilde était un véritable touche à touche. En plus de ses romans, nouvelles, poésies, il a également écrit plusieurs pièces de théâtre. C’est la troisième que je lis. Salomé (1893) était au programme lors de ma première année d’université. Et j’avais lu également le succulent L’importance d’être constant (1899). La pièce dont je vais vous parler aujourd’hui m’a autant plu si ce n’est davantage !

La vertueuse Lady Margaret Windermere organise une soirée dansante (et surtout pas un bal!) pour son 21eme anniversaire. Peu de temps avant le grand soir, son amie la Duchesse de Berwick lui fait savoir combien elle est désolée que le respectable Lord Windermere ait une aventure. Margaret ignorait tout de ces commérages et ne peut croire que son mari la trompe ! Mais les preuves sont là : Lord Windermere dilapide sa fortune pour une certaine Mrs Erlynne. De plus, il a invité cette femme de mauvaise réputation à la soirée !

Si l’humour et les quiproquos sont bien présents dans cette pièce, je l’ai également trouvée plus grave. Une tension dramatique se fait ressentir. Lord Windermere veut se dédouaner de tout soupçon d’infidélité mais dans cette société très puritaine, on ne peut que mal juger un mari qui passe beaucoup trop de temps chez une autre femme. Lady Windermere se sentant insultée lorsque Mrs Erlynne vient à sa soirée, décide qu’elle devrait elle aussi prendre un amant.

Cette pièce m’a semblé très moderne et Oscar Wilde n’hésite pas à critiquer la société hypocrite de son époque. Si un mari avait une maîtresse, ça devait être à sa femme de s’effacer et de rien montrer de ses sentiments. Réputée pour sa vertu et sa droiture, Lady Windermere est prête à aller à l’encontre de ses principes moraux en répondant favorablement aux avances d’un soupirant.

Le récit en quatre actes est bien rythmé, et il y a une véritablement alchimie entre tous les personnages de la pièce. J’ai relevé un certain nombre de répliques savoureuses mais je n’en citerai que deux : «Lord Windermere : – Comme les femmes vertueuses sont dures ! / Lady Windermere : – Comme les hommes dépravés sont faibles ! » (p82) Et « Mais j’aime bien parler à un mur de brique… C’est la seule chose au monde qui ne me contredise jamais ! » (p149) La patte d’Oscar Wilde est bien reconnaissable !

J’ai été émue par cette pièce tout en la trouvant irrésistible.

*

la-maison-du-marais-florence-warden La maison du Marais

de Florence Warden – (1883) – 280 pages

Editions Joelle Losfeld

La dernière fois, en parcourant le rayon littérature du 19eme dans ma bibliothèque, je suis tombée sur ce roman dont je n’avais jamais entendu parler mais le résumé me faisait penser à un Wilkie Collins ou à un Elizabeth Braddon. Si je retrouve des éléments caractéristiques du roman noir, cette lecture n’a pas été aussi palpitante que je l’espérais.

Miss Christie, jeune institutrice, répond à une petite annonce dans le journal: «Cherche institutrice : personnes d’âge mûr s’abstenir». Après plusieurs échanges avec le père de l’enfant dont elle s’occupera, elle prend le train en direction du Norfolk, région marécageuse. Dès son arrivée, elle suspecte que le couple qui l’a engagée lui cache quelque chose.

C’est typiquement le commencement d’un livre que j’apprécie. Les gentilles institutrices/gouvernantes qui malgré elles, vont se retrouver mêlées à de terribles secrets, j’aime ça ! Mais Miss Christie n’est pas une héroïne qui m’a attendrie. Elle m’a paru gauche, mais surtout bien trop naïve ! Par exemple, un soir après minuit, elle va faire une ballade nocturne avec un homme à la réputation libertine (elle l’apprendra plus tard) et elle s’étonne qu’on soit choqué par son comportement ! Elle doit quand même connaître les convenances de son époque … Sa manière de se comporter est un peu dérangeante et peu réaliste. Mais surtout, j’ai deviné au moins 100 pages avant la fin qu’elle serait l’issue de cette histoire. C’est gros comme une maison, tous les indices sont sous notre nez. Mais l’héroïne n’a rien compris ! Peut être qu’en 1883, cette histoire a étonné les gens, mais de nos jours, l’intrigue paraît bien désuète. C’est loin d’être médiocre, mais c’est un peu dépassé.

Un autre petit détail m’a semblé étrange. Les employeurs de Miss Christie, Mr et Mrs Rayner, ont deux filles. La plus grande a six ans et la plus jeune environ deux ans. Cette dernière passe toute la sainte journée à déambuler toute seule dehors et personne s’en inquiète ! C’est pas comme si, il y avait des marécages autour de la maison… Personne n’a d’empathie pour la petite, même pas Miss Christie ! Spoiler : Après que tout ce soit bien terminé, Mrs Rayner déménage avec sa fille ainée et elle confie naturellement son autre fille à Miss Christie ! O__O C’est tout à fait normal d’abandonner un enfant comme ça même à l’époque victorienne ?!

Une lecture mi-figue mi-raisin.

9b4n4/…

12 réflexions au sujet de « Deux lectures victoriennes »

  1. maggie

    Pour Wilde, j’avais acheté sa pièce et il faut que je la lise. En ce qui concerne la maison du marais, je suis en pleine lecture et je me demande s’il n’y a pas de l’autodérision dans le personnage de la gouvernante…

    J'aime

    1. Alicia

      Tu es en train de le lire ? On est synchro ! ^^ Je l’ai si peu croisé sur la blogosphère. Je ne sais pas quoi penser de ce personnage, mais elle m’a parfois agacée :s

      J'aime

  2. Emily of Shalott

    Autant la pièce de Wilde me tente autant le roman de Warden me laisse perplexe suite à la lecture de tes avis ! Cela fait longtemps que je ne me suis pas penchée sur le cas de ce cher Oscar, ce serait peut être l’occasion du coup :p.

    J'aime

  3. Matilda

    J’ai très envie de lire la pièce maintenant, bravo ! Je crois n’avoir jamais lu son théâtre, oui j’ai honte.
    Le deuxième me tente bien malgré ton avis ; j’aime bien lire les trucs un peu nuls qui ont participé à fonder le genre policier ou autre. C’est mon petit côté archéologue.

    J'aime

  4. Alacris

    Lady Windermere’s Fan m’a toujours fait de l’oeil, et ta chronique enthousiaste ne me donne que davantage envie de le lire (rassure-toi, tu n’est pas la seule à être touchée par le virus wildien). Le ton un peu plus grave et sérieux de cette pièce m’intéresse, justement. Wilde est un excellent satiriste et il a vécu dans une période très hypocrite et attachée à ses rituels passéistes, donc ses pièces ne peuvent être qu’explosives…

    Très beau billet !

    J'aime

  5. Matilda

    Je viens de lire Lady Windermere’s fan, et en lisant ton billet la dernière fois je pensais vraiment que c’était plus… théâtre de boulevard avec la lady qui prend un amant parce que son mari à une maîtresse. Mais finalement comme tu le dis, le ton est assez différent de cela et j’ai bien aimé.
    C’est la première pièce que je lisais de lui et j’ai été agréablement surprise de voir qu’il est assez facile à lire anglais.

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s