Un fil à la patte

IMG_20131129_110354Un fil à la patte

de Georges Feydeau – (1894) – 243 pages

Le livre de poche (édition 1966)

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De Feydeau je n’avais jamais rien lu, mais j’avais regardé plusieurs fois ses pièces diffusées à la télévision. Et à chaque fois, je trouvais son humour truculent ! Quand je suis tombée par hasard sur cette ancienne édition de 2 pièces du dramaturge, je me suis littéralement jetée dessus. Un fil à la patte m’a énormément fait rire d’où les nombreux post-it qui dépassent du livre qui marquent mes passages favoris ! L’humour n’est pas toujours fin, mais il fait tout de même mouche.

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Lucette est une chanteuse en vogue et elle ne manque pas de prétendants. Son amant, Bois-D’Enghien, est revenu à ses côtés après avoir disparu pendant un temps, et tous les proches de la jeune femme se réjouissent de ce retour «Le revoilà donc, l’amant prodige ! » (Acte I, scène 4).

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Quand je lis des pièces d’Oscar Wilde qu’il a écrit à la même époque que Feydeau, je suis surprise par le ton moderne bien que tout soit sous-entendu, suggéré à demi-mot. Ici, dans un fil à la patte, tous les personnages sont décomplexés ! On parle d’amants et de coucheries comme on parlerait de petits fours. C’est édifiant de voir cette différence d’écriture entre deux dramaturges de la fin du XIXeme mais dans 2 pays différents. Le Vaudeville est un genre qui me plaît car il y a de l’absurdité dans le jeu des personnages et des quiproquos en veux-tu en voilà. Cet humour n’a pas pris une ride et il est toujours efficace de nos jours. Feydeau ne fait pas toujours dans la dentelle, mais ses personnages stéréotypés ne manquent pas de nous faire rire. A l’image De Fontanet, un personnage malodorant :

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NINI.

Comment ! Tu as de Fontanet à déjeuner ? (Riant). Oh ! Je te plains !

LUCETTE.

Pourquoi ?

NINI en riant, mais bonne enfant sans méchanceté.

Oh ! Il sent si mauvais !

LUCETTE riant aussi.

Ca c’est vrai, il ne sent pas bien bon, mais c’est un si brave garçon ! … En voilà un qui ne ferait pas de mal à une mouche !

DE CHENNEVIETTE à droite, riant aussi.

Oui !… ça encore, ça dépend de la distance à laquelle il lui parle.

(Acte I, scène 7)

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DE FONTANET.

Pourtant une fois j’ai essayé de faire une chanson, une espèce de scie (A Bois-D’Enghien, bien dans la figure.). Je me rappelle , c’était intitulé : Ah ! Pffu !!!

BOIS-D’ENGHIEN qui a reçu le souffle en plein visage, ne peut retenir un recul de tête qu’il dissimule aussitôt dans un sourire de complaisance à Fontanet ; puis part en gagnant la droite.

Pff !!! Quelle drôle de manie ont les gens à odeur de vous parler toujours dans le nez.

LUCETTE à Fontanet.

Et vous en vîntes à bout ?

DE FONTANET, bien modeste.

Mon Dieu…comme je pus !

BOIS-D’ENGHIEN, avec conviction.

Oh ! Oui !

Tout le monde éclate de rire.

DE FONTANET, qui n’a pas compris mais riant aussi.

Hein ? Quoi ? Pourquoi rit-on ? … Est-ce que j’ai dit quelque chose…

(Acte I, scène 10)

*

Certes, c’est peu raffiné mais je trouve cela hilarant x)

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De Fontanet et Bouzin sont les bouc-émissaires de la pièce mais aussi les éléments comiques les plus réussis. La pièce porte le nom « Un fil à la patte » car Bois-D’Enghien à l’intention de rompre avec Lucette pour pouvoir épouser Viviane, la fille d’une baronne. Ses adieux seront bien plus ardus que prévu. Si Lucette symbolise la cocotte perfide qui sait comment manipuler les hommes, Viviane n’est pas non plus une fleur bleue. Elle souhaite que son futur mari ait connu beaucoup de femmes avant elle «parce qu’un mari comme ça c’est flatteur ! Ca devient une espèce de Légion d’honneur ! Et l’on est doublement fière de l’obtenir : d’abord pour la distinction dont on est l’objet, et puis… parce que ça fait rager les autres ! » (Acte II, scène 3).

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Cette satire de la société de la Belle Époque m’a donc énormément plu ! Dans mon exemplaire, il y a aussi Le Dindon de Feydeau mais je me le réserve pour plus tard ;)

9b4n

5/…

4 réflexions au sujet de « Un fil à la patte »

  1. Matilda

    Ah je n’avais pas vu ce billet ! Tu me l’avais caché, c’est pas sérieux.

    Je me rends compte que je n’ai pas lu assez de théâtre cet année et que ce serait pile poil le genre de pièce qui me ferait rire. Je crois ne jamais avoir lu de Feydeau avant non plus d’ailleurs.

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