Au Bonheur des Dames

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Au Bonheur des Dames figurait dans ma liste de classiques à lire absolument en 2016. Et je suis aux anges d’avoir entrepris cette lecture ! Vous aviez été nombreux à me dire que ce livre était votre préféré de Zola, et je vous comprends tellement à présent ^^

Dans ce roman, Zola dépeint l’émergence des Grands Magasins dans la capitale parisienne en se focalisant sur le plus florissant d’entre eux : Au Bonheur des Dames. La clientèle féminine ne jure que par ce paradis d’un tout nouveau genre, et elle y dépense des mille et des cents en étoffes, dentelles, éventails… Denise, une jeune normande, débarque à Paris avec ses deux frères dont elle a la charge depuis qu’ils sont orphelins. Son oncle, un petit commerçant, est bientôt ruiné par la faute du gigantesque magasin qui vient d’ouvrir en face de sa boutique, et il ne peut proposer un emploi à sa nièce. Denise qui est dans une situation précaire, se présente chez la concurrence et elle est prise comme vendeuse au rayon des confections. A partir de là, on assiste à la réalité de son métier, à ses désillusions jusqu’à son ascension au Bonheur des Dames. Son histoire individuelle s’imbrique dans l’histoire générale du magasin. J’ai beaucoup aimé cette héroïne. C’est sa franchise, sa simplicité qui la font réussir dans cet univers peuplé d’arrivistes et où les coups bas sont monnaie courante. Denise fait figure d’exception.

J’ai été bluffée de trouver dans un livre de 1883, la réalité actuelle du commerce et du marketing. Zola nous donne à voir les rouages de cette machine infernale dans laquelle plus de mille personnes travaillent d’arrache-pied pour satisfaire les désirs des clients. Et les descriptions sont d’un modernisme et d’un réalisme !

Il fallait réglementairement que les commandes du matin fussent toutes expédiées le soir.

Un trait de génie que cette prime de ballons, distribuée à chaque acheteuse, des ballons rouges, à la fine peau de caoutchouc, portant en grosses lettres le nom du magasin, et qui, tenus au bout d’un fil, voyageant en l’air, promenaient par les rues une réclame vivante ! La grande puissance était surtout la publicité. Mouret en arrivait à dépenser par an trois cent mille francs de catalogues, d’annonces et d’affiches.

J’ai été émerveillée d’être témoin de l’effervescence qui régnait dans un magasin de nouveautés au 19eme siècle. Zola s’est inspiré Du Bon Marché très en vogue et qui fut le tout premier grand magasin de la capitale suivi du Bazar de l’Hôtel de Ville (BHV), du Printemps Haussmann, de La Samaritaine (…) à la même époque. Un des moments mémorables du récit est lorsque les premières soldes sont annoncées et qu’un flot ininterrompu de clientes se jettent sur les stands, se bousculent, s’arrachent les tissus des mains. L’image de cette foule ameutée par des prix défiants toute concurrence, est saisissante ! Les descriptions de Zola sont vivantes, presque cinématographiques.

Un des thèmes majeurs de ce roman naturaliste est le capitalisme qui engendre une consommation à outrance de la part de la classe bourgeoise. Il est aussi question de précarité de l’emploi : les employés travaillent jusqu’à 13h par jour, 6 jours sur 7 et peuvent être licenciés à tout moment. *Néanmoins, le couple Boucicaut, les créateurs du Bon Marché, améliorèrent la vie quotidienne de leurs vendeurs: congés payés, caisse de prévoyance, cours de langues etc… Zola montre qu’il est possible pour ces salariés de gravir les échelons dans la hiérarchie du magasin à l’image de son héroïne, Denise.

Cette histoire m’a fascinée par son contexte historique, par la réalité du commerce de l’époque, par son modernisme. La description du magasin est formidable. J’ai eu l’impression de vaguer entre les rayons, de voir et de presque de toucher ces magnifiques tissus, cette soie délicate. Le gérant, Octave Mouret, et son personnel réfléchissent sans cesse à la manière d’attirer encore plus de clients. Cela passe par la vente par correspondance, par des soldes annoncées dans les journaux, par l’expédition des commandes à domicile. Ce marketing est toujours employé de nos jours et c’est presque touchant d’en voir les prémices. En plus de la ribambelle de clients, Au Bonheur des Dames est une véritable fourmilière de salariés qui logent et mangent sur place pour la plupart. C’est aussi le théâtre de rivalités, de mesquineries, de rumeurs, d’histoires de cœur, d’amitiés très fortes.

Le seul roman de Zola que j’ai lu au collège fut Pot-Bouille où l’on croise Octave Mouret jeune, et je n’en garde aucun souvenir.. J’étais certainement trop jeune pour apprécier la plume de l’écrivain et j’avais surement dû être épuisée par ses descriptions à rallonge! Je suis donc ravie d’avoir lu Au Bonheur des Dames dans une bonne disposition d’esprit ! Et j’ai envie de lire plein d’autres romans de la saga Les Rougon-Macquart ^^ 

Ps: J’hésite à regarder la série historique The Paradise inspirée du roman, car l’histoire se déroule en Angleterre et non pas en France donc ça me chagrine.. En revanche, pendant toute ma lecture, je me suis représentée les personnages sous les traits de ceux de la série Mr Selfridge, qui retrace la véritable histoire du Grand Magasin Selfridges en 1909 >w<

Au Bonheur des Dames d’Emile Zola (1883)x 

7 réflexions au sujet de « Au Bonheur des Dames »

  1. Ross

    Très bon article qui décrit avec les mots justes les aspects fascinants de ce roman!
    Pour l’instant Au Bonheur des Dames est le seul qui m’a réellement plu dans la série. J’ai lu Pot-Bouille et pareil, pas beaucoup de souvenirs, à part un sentiment de « bof bof »; également La Curée (j’ai pas aimé), La Bête humaine (pas mal mais un peu difficile à digérer) et l’Argent (j’ai pas beaucoup apprécié). Ca fait longtemps que je ne me suis pas lancée dans un Zola, vais peut-être me tourner vers l’Assommoir ou l’Oeuvre pour les prochains.

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  2. Beyond the Lines

    Ce roman avait été un tel coup de cœur qu’il m’avait fait vivre ma première et unique panne de lecture ^^
    Je ne me suis pas encore attaqué à un nouveau Zola mais je compte bien le faire :)
    Moi aussi j’hésite à regarder The Paradise, j’ai peur que se soit très édulcoré…

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  3. Alexandra

    Je vois que nous avons été aussi enthousiastes l’une que l’autre ! Ça fait toujours plaisir de découvrir ou redécouvrir des classiques dont on avait peur ou que nous n’avons pas aimé étant plus jeunes.
    J’ai regardé les premiers épisodes de The Paradise il y a quelques années. Ça ne m’a pas emballée plus que ça. Par contre, j’avais adoré Mr. Selfridge. Regarde peut-être quelques épisodes pour t’en faire une idée, mais je pense que tu donneras la préférence à la seconde série ;).

    J’ai aussi envie de me lancer dans d’autres Zola. Néanmoins, je sais que celui-ci est un peu à part, du coup j’ai peur d’être déçue…

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