Confession d’un masque • Yukio Mishima

mishima

Yukio Mishima.. un pseudonyme qui ne me disait encore rien il y a 10 jours et qui à présent, me trotte dans la tête. La question que vous vous posez peut être est comment j’en suis venue à m’intéresser à ce monsieur japonais. Une youtubeuse française (qui fait principalement des vidéos en anglais) que je suis quasi-religieusement depuis des années – sans être toujours d’accord avec tous ses propos mais qui m’intéresse suffisamment pour l’écouter ^^, avait parlé de Confession d’un masque comme étant un de ses livres préférés de tous les temps – et elle lit beaucoup !
J’étais intriguée, mais je suis toujours un petit peu réfractaire à lire de la littérature japonaise. Je n’ai jamais eu de coups de coeur pour un roman d’un auteur japonais jusqu’à maintenant mais j’avais envie de laisser une chance à ce curieux romancier.
Ce roman aux ‘résonances autobiographiques’ dixit l’éditeur, Yukio Mishima l’a écrit très jeune. A 24 ans. Il y fait part de sa quête d’identité sexuelle et il réalise très tôt qu’il éprouve davantage d’attirance pour les garçons de son âge que pour les filles. Revendiquer son homosexualité dans les années 40 au Japon était bien entendu impensable, et il dissimula ses penchants « honteux » (selon lui) derrière un masque.

Cependant dans ce livre, il ne cache rien de ses émois. C’est cela que j’ai trouvé saisissant: il ne prend pas de gant pour parler ouvertement et crûment de ses fantasmes – aussi bien sexuels que ses envies de mourir. Alors oui, vous ne savez peut être pas encore, mais Yukio Mishima s’est suicidé de manière spectaculaire par hara-kiri en 1970 (!). Il s’est ouvert le ventre, et a demandé à un ‘disciple’ de le décapiter selon les règles du rituel du seppuku… Particulier n’est ce pas!? Je n’avais pas tout de suite lu la biographie de Yukio Mishima avant de commencer Confession d’un masque, et de nombreuses choses se sont alors éclairées après que je me sois renseignée sur sa vie ! Car dans ce livre datant de 1949, on remarque qu’il était déjà obnubilé par l’idée de mourir d’une manière violente – comme si son acte ultime avait été prémédité toute sa vie. La perspective de la Mort le suit constamment et il voit en elle une délivrance : « Les raids aériens devenaient plus fréquents. J’en avais une peur extraordinaire et pourtant j’attendais en même temps la mort avec une sorte d’impatience, avec une espérance pleine de douceur. Comme je l’ai noté plusieurs fois, l’avenir était pour moi un lourd fardeau. Dès le début, la vie m’avait écrasé sous un pesant sentiment de devoir. Bien que je fusse de toute évidence incapable d’accomplir ce devoir, la vie me harcelait, me reprochait ce manquement.(…) » page 125 édition folio.

Quand on lit l’autobiographie d’une personne, on ne fait plus qu’un avec son esprit et ses pensées. Vous allez me dire alors que ce livre doit être infiniment déprimant. Il l’est par la souffrance que le jeune homme ressent à ne pas être comme les garçons de son âge, à devoir faire semblant de fantasmer lui aussi sur des femmes alors qu’il n’a en tête que le tableau de Guido Reni représentant Saint Sebastien dénudé et glabre percé de flèches (reproduction ci-dessus). Cette peinture va l’obséder – littéralement – toute sa vie. Il se fera même photographier dans la même pose.
Sa plume est fascinante et tout ce que nous raconte Yukio Mishima l’est aussi. C’est un auteur qui écrit avec ses tripes, qui s’abandonne à l’écriture, qui n’omet rien même s’il sait que ses propos vont choquer ses contemporains. Son mal-être est pleinement ressenti par le lecteur – et c’est d’autant plus bouleversant quand on sait ce qui adviendra de lui quelques années plus tard. Ce livre est puissant car Yukio Mishima fait fi des moeurs de son époque en parlant ouvertement d’homosexualité, de fantasmes morbides – très inspirés de Sade.

Je ne saurais mettre des mots sur ce qui m’a autant plu dans ce livre – ça a sans doute à voir avec la sensibilité et la franchise du narrateur. J’ai par contre conscience que Confession d’un masque ne plaira pas à tout le monde ! En tout cas, pour ma part je me suis empressée de commander d’autres ouvrages de Mishima ainsi que d’en emprunter à la bibliothèque. Je suis en ce moment même à la moitié du « Tumulte des Flots » et le charme opère tout autant !

Publicités

5 réflexions au sujet de « Confession d’un masque • Yukio Mishima »

  1. Françoise Pillon

    J’avoue que ces romans sur la quête de l’identité sexuelle m’agacent un peu ! Il y a un peu un effet de mode quand même, même si c’est bien écrit et émouvant.
    Alors moi, dans un genre bcp plus classique, j’ai découvert une romancière lorraine, Elise Fischer. Je viens de lire « les alliances de cristal » qui a pour contexte l’art nouveau, et plus précisément la cristallerie Daum. Cà se passe en grande partie à Nancy. Du coup, je suis allée faire une razzia à la bibliothèque ! Autre romancière, découverte il y a plusieurs années et qui écrit des romans plus ou moins historique : Dominique Marny : « du côté de Pondichéry », l »es nuits du Caire », « les fous de lumières » (deux tomes, autour des impressionnistes). C’est plutôt assez facile à lire, mais prenant et bien documenté !

    J'aime

  2. Ross

    Je vais me procurer Confessions d’un masque pour le coup. Si je ne me trompe pas son suicide a également été filmé -y’a en tout cas des photos qui circulent… Perso de Mishima je n’ai lu que quelques nouvelles (j’ai apprécié Patriotisme, qu’on retrouve dans le petit recueil intitulé Dojoji) ainsi qu’un essai, intitulé en français « Le Japon moderne et l’éthique samourai ». Ce sont ses réflexions autour du Hagakure, ça parle de devoir, de mort etc. Ca pourrait compléter ta compréhension du bonhomme :) C’est cool que tu aies trouvé un auteur japonais qui t’intéresse!

    J'aime

  3. ifmarybooks

    Je ne connais absolument pas cet auteur donc c’était très intéressant de lire ton article. On ressent beaucoup d’émotions dans tes mots ce qui ne m’étonne pas car je vois sur goodreads que tu enchaînes les livres de cet auteur :).
    Je ne sais pas si ça pourrait me plaire mais je le garde en tête !

    J'aime

  4. Matilda

    Cet auteur ne m’a jamais tenté, les résumés de ses bouquins me mettent mal à l’aise XD Du coup ton avis est intéressant, mais je ne suis toujours pas tentée.
    Si tu veux, j’ai des titres de litté japonaises que j’aime bien et qui ne sont pas trop louches :)

    (par contre j’adore la photo de cet article)

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s